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Whismerhill
Malayalam
Chapitre I.4


Jérôme resta là de longues minutes sans bouger, à accuser le coup. Debout au milieu de la pièce, lieu de ce forfait, il était parfaitement ridicule et immensément catastrophé. Il ne pouvait que contempler l’étendue des dégâts. Il n’imaginait pas que la vie d’un homme pouvait basculer si bruta-lement. L’instant d’avant, il était un homme normal ; tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes — n’en déplaise à M. Huxley — pour maintenant faire place au pire des scenarii.

La crise de tétanie était montée à une telle vitesse qu’il ne l’avait pas sentie prendre posses-sion de son corps. En un tout petit dixième de seconde, le contrôle de tous ses muscles lui avait échappé. Une statufication en bonne et due forme. Son regard s’était vidé et son esprit plus encore. Il tenta de réfléchir, mais pas un stimulus électrique ne vint éclairer cette matière toujours désespé-rément grise.

Maud, assise dans le fauteuil, ne bougeait pas non plus, mais son regard en disait long : ré-probateur, inquisiteur, menaçant même. Il contrastait terriblement avec la douceur qu’il lui connais-sait, et que lui inspirait son tendre visage. Il ne savait que trop ce qu’elle voulait qu’il fasse, ce qu’elle lui ordonnait, mais la difficulté de à agir de la sorte le perturbait ou plutôt le terrifiait. Il n’était pas du genre à se laisser influencer ou dicter ses ordres par qui que ce soit. Seules quelques trop rares exceptions l’avaient fait céder après maints coups de buttoir. Pourtant, cette fois-ci, il sentait qu’il allait abandonner ses convictions ainsi que sa volonté pour obéir à la celle de sa femme.

La tristesse qu’il ressentit le fit sortir de sa torpeur. Une larme coula le long de sa joue et ré-chauffa un peu plus sa peau déjà incandescente. Elle parvint jusqu’à son menton, resta quelques secondes à osciller avant de s’écraser sur le sol. D’autres suivirent le même chemin aussitôt, mais l’inondation lacrymale ne le soulagea même pas. Elle ne faisait qu’amplifier la douleur, moitié de ce qu’il avait fait et moitié de ce qu’il allait faire.

Les idées s’entrechoquaient dans sa tête. Un instant, il était persuadé de prendre la bonne décision et la seconde suivante, il se sentait perdu, abandonné par tous, abandonné par sa femme pourtant devant lui mais lançant des éclairs qui lui transperçaient l’âme. Chaque fois qu’il pensait avoir pris une décision, une petite voix se réveillait pour lui donner un autre de ses judicieux conseils, un de ceux qui l’avaient amené à cette situation inextricable et pathétiquement ironique. Il avait déjà pris une décision identique et le résultat n’était pas à la hauteur de ses espérances, loin s’en faut.